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  • Tatiana Chaumont

Ford Paul, artiste plasticien Guadeloupéen

Mis à jour : 25 oct. 2019


Ford Paul est artiste plasticien, une personnalité discrète et sensible, doué d’une intelligence et d’une maturité rare. Je vous invite à découvrir cet article qui retrace son parcours et ses choix de vie. En résidence artistique, à la Station Culturelle au centre ville de Fort de France depuis le 15 novembre 2018, 118 rue Lamartine.


Ford Paul, le parcours d’un artiste qui résiste.

Ford, 27 ans, a vécu toute son enfance au centre de la Guadeloupe, entre Grande Terre et Basse terre, à Baie Mahault.

Enfance : Le dessin pour combattre l’ennui

Il avait moins de dix ans lorsqu’il a commencé à dessiner de façon assidue. Il dessinait pour fuir l’ennui, pour s’évader. N’ayant ni la possibilité, ni les moyens de sortir, il vivait à travers ses dessins. À ces moments où son crayon se posait sur la feuille de papier, il s’imaginait ailleurs.

Au début, il commença à dessiner d’après modèle des personnages héroïques. Comme la plupart des petits garçons de sa génération, il s’inspirait des mangas et plus particulièrement de Dragon Ball Z qu’il estimait comme le meilleur. Déjà enfant, on le considérait comme un incapable, en d’autre terme, on le "déconsidérait". Alors plutôt que d’accepter le sort que l’on projetait pour lui, il décida de se prouver à lui-même et par extension aux autres, de se donner les moyens d’être la personne qu’il voulait devenir, quelqu’un que l’on pourrait considérer simplement, pour commencer.

Puis à l’adolescence, il s’inspirait de la représentation du réel et retranscrivait ce qui l’entourait : des maisons, des objets, des personnages de la vie de tous les jours. Il était captivé par le sirop de la rue, par les ambiances. Déjà, à cet âge, il capturait le réel sans tenter de dénaturer ou d’enjoliver les choses qu’il voyait.

Un jeune homme à fort potentiel

Au lycée, sans grande conviction et sans savoir réellement ce qu’il voulait faire, il prit par défaut la section littéraire pour accéder à l’option arts plastiques. Son professeur d’arts plastiques, observant le potentiel de son élève, l’incita à entrer au CCA (Campus Caribéen des Arts) à Fort de France, en Martinique.



L’élément déclencheur

En 2011, il fit un premier voyage à Paris avec son école d’art. À cette occasion, il découvrait les oeuvres qu’ils avaient vu dans les ouvrages d’art. Il se souvient de la Tête Mécanique, de Raoul Hausmann, une oeuvre exposée à Beaubourg qui le marqua particulièrement avec ses assemblages d’objets représentant une tête.

Cette oeuvre DADA lui permit de dresser un nouveau regard sur le monde de l’art, de ses potentialités, de ses multiples perspectives. Il se sentit galvanisé et décida d’expérimenter un maximum pour trouver sa patte artistique et se démarquer.


Une pratique obsessionnelle

En quête d’identité jusqu’à la licence, Ford poursuivait ses recherches sans relâche et travaillait de façon obsessionnel pour trouver sa voix.

Lors d‘une session de réflexion artistique appelée ARC Analyse, les professeurs, Bruno Pédurand et Audry Liseron-Monfils (actuellement Directeur du CCA), ont observé le travail de Ford et ont constaté que celui-ci avait évolué et qu’une pratique artistique intéressante commençait à voir le jour. Ford réalisait des éléments graphiques, et commençait à mettre en place une bibliothèque de motif qu’il a progressivement affiné. C’est à partir de là, qu’il commença à saturer la page blanche à l’encre de chine et aux feutres avec ses successions de motifs.


Ses engagements artistiques

Ce qui caractérise le travail de Ford, au-delà du motif, c’est sa capacité de créer une oeuvre aux multiples dimensions, permettant au regardeur d’être impacté et de lui donner l’illusion d’un travail en volume. Ses couches superposées, ses stratifications laissent libre cours à l’imaginaire. On peut avoir plusieurs lignes de pensées en regardant son travail. Comme des couches réflectives qui, posées les unes à côtés des autres, forment un ensemble singulier et harmonieux.

Ford n’a pas de revendication ou de message à faire passer lorsqu’il exécute ses dessins.

D’ailleurs, son travail, qui peut faire penser à un prolongement de l’art Aborigène ne l’a jamais attiré. Au contraire, ne souhaitant pas être influencé par d’autres oeuvres ou courants, il préfère se concentrer sur son geste, laisser le dessin automatique saturer et dominer la feuille.


Il oeuvre sans demi-mesure, il donne tout.

Comme un sportif de haut niveau, Ford se met en condition, il dessine entre 4 et 8 h par jour. Il ne considère pas son travail comme un plaisir absolu mais comme une nécessité de bousculer le regardeur.

Il se lève tôt mange, boit, prend une douche, coupe son téléphone, fait défiler des films sur un écran sans son, pour ne pas être déstabilisé. Il pose une feuille format raisin sur la table et se met au travail jusqu’à épuisement, sans connaître le résultat, sans savoir exactement où il va. Un peu comme la vie qui nous réserve souvent des surprises. Il maîtrise son trait, juste son trait, juste les formes, rien de plus. Comme une exécution méditative où ce qui l’entoure n’a plus d'existence propre.


Jérome Zonder ou la physiologie de la vision

Il est admiratif du travail Jérome Zonder, un plasticien dont le traitement de l’image et la narration rejoignent son état d’esprit ; celui de la physiologie de la vision.

L’oeil voit, regarde, observe, et plus il y a de choses à voir, plus le cerveau traite des informations et plus celui-ci est impacté. Ford souhaite que son travail ne soit pas oublié, que son oeuvre subsiste telle une empreinte mémorielle.


Les sculptures souples de Ford Paul

Ford avait besoin de sortir du dessin pour se lancer un nouveau défi.

Ses structures informes et gigantesques découlent de sa volonté de se confronter au monumental. Il choisit le sac plastique, répondant à ses attentes, car c’est un objet souple, transparent, manipulable. Il achète des grands rouleaux qu’il découpe, puis colle en utilisant le thermocollage. Il installe sa sculpture comme un baluchon puis injecte de l’air pour que la masse informe s’élève et dénature l’environnement. Ces objets d’art sensibles et imposants sont destinés au public local qui n’a pas l’habitude de voir de l’art contemporain, qui ne va que très rarement voir des expositions. Ford souhaite à travers cette démarche artistique casser la routine du paysage, désorienter le public Martiniquais, lui offrir à voir autre chose.


Ses sculptures tubulaires sont installées dans des espaces clos, le procédé et l’intention reste les mêmes.

En quête de stabilité

Comme pour le plupart d’entre nous, après le diplôme, Ford cherchait la stabilité, il ne pensait pas à exposer, il fut animateur scolaire pendant 4 ans et proposait des activités liées aux arts visuels pour l’Association des parents d’élèves de la Martinique et pour la Fédération des Oeuvres Laïques.

Ford Paul : Blogueur et Youtubeur

Excellent pédagogue, il décide de réaliser un blog et une chaine youtube ludique. Il offre ses connaissances aux internautes en posant des questions simples et pertinentes : Comment réaliser une sérigraphie ? Comment définir sa problématique artistique ? Comment s’inscrire à la Maison Des Artistes ? etc...

Il exposa à Fond Saint Jacques en 2014 et pour l’association artistique Artkésens.

Il travaille en collaboration avec Henri Tauliaut, artiste plasticien et professeur au CCA, ( co-dirigeant du Laboperf ) pour la réalisation de Fresques à l’entrée de la Bibliothèque Universitaire de Schoelcher et sur le sol du Malecon à Fort de France.


Durant un moment, il s’est détaché du monde l’art, il lui fallut du temps pour comprendre ce dont il avait besoin, pour laisser maturer son désire.

Et, un jour il se décida de postuler à la Station Culturelle dirigée par Eléna-Lou Arnoux, pour réaliser une résidence à la Coursive, espace d’accueil dont le propriétaire Mathieu Guerard a pensé le lieu comme espace d’échange, de partage artistique, de réseaux... Ford a été sélectionné pour l'ensemble de sa démarche artistique, pour sa singularité, pour son engagement, et depuis, il travaille dans un espace qui lui est attribué au 118 rue Lamartine.

Dans un prochain article, j'évoquerai le travail de la Station Culturelle, espace de résidence et d'échange ainsi que de la Coursive ; une belle collaboration entre Mathieu Guerard et Eléna-Lou Arnoux .

Découvrez les oeuvres de Ford Paul sur son site web et sur Instagram.

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